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La boucle est bouclée

lundi 29 mai 2006, par comradE Ogilvy

Un article inédit datant de ma découverte de SPIP mag’, qui reste en grande partie d’actualité, même si le mag’, malheureusement...

J’ai enfin trouvé SPIP Mag’ ! Pour ça, il m’aura fallu quelques bonnes journées et bonnes nuits à crapahuter dans le www, mais lorsque du haut de mon fauteuil tournant je suis enfin parvenu à découvrir, baigné d’une aube sereine, l’oasis de ce site, je sus que l’effort valait plus que sa peine. Je vous le dis tout de suite : de toutes les pages vues par le moteur de recherche neuro-souriciel de mon exploration de la Spipie, ce sont celles que je préfère, et c’est pas pour fayoter. Parce qu’elles sont superbes, mais surtout et avant tout parce que le SPIP Mag annonce à mes yeux le passage de SPIP à un nouveau stade : de l’idée au projet, puis à la réalisation, ensuite la communauté, et maintenant, la culture. Et compte tenu des origines de SPIP, c’est retour aux sources et la boucle est bouclée, comme qui dirait.

Respect

Dans la vie, il n’y a pas que les navigateurs qui soient éclairés [1], ni même les gens. C’est génétique, SPIP est né de et avec la vision de l’Homme de ses concepteurs, et a su grandir sans s’en détacher, un véritable exploit... Mieux, un excellent pied de nez à ce temps où l’on remplit pages et oreilles d’un dire pour parler plutôt que signifier. J’ai entendu récemment une réflexion sur le fait que les macintoshiens se sentaient particulièrement en affinité avec SPIP, rien d’étrange à cela : le Mac aussi est issu d’une vision de l’Homme dont on connaît les effets. J"ai lu aussi que SPIP drainait un public, dit-on, plutôt de gauche : pas étonnant non plus puisque, si l’on s’en souvient, la gauche est fondamentalement une vision de l’Homme comme inspiration du développement d’une société, comme la droite est elle une vision de la société qui s’assujettit le développement de l’Homme. Avant d’être SPIP, SPIP donc est une façon de voir les choses, à laquelle quiconque se préoccupe des autres autant que de soi-même ne pourra qu’être sensible. Même en tricotant de la page web : selon chacun cela comptera plus ou moins, mais c’est un fait, c’est là, et cela se retrouve naturellement dans les rapports communautaires. C’est qu’un monde meilleur, c’est à dire la culture fertile sur laquelle il poussera naturellement, elle se plante et elle s’arrose. SPIP en est une belle graine, aujourd’hui devenue cet arbre aux branches si généreuses, dont chaque nouveau site est un fruit qui s’offre.

SPIP a donc été fait par et pour des gens qui avaient quelque chose à dire, et à partager, et, oh merci les dieuX, c’est encore contagieux. Ça l’est même d’autant plus grâce à la licence de distribution ouverte, qui à la gratuité ajoute l’insolente constatation qu’il n’y a pas que le pognon dans la vie. Hé hé. Facteur aggravant, SPIP rend intelligent, les rédacteurs parce qu’ils ont ainsi l’occasion d’écrire et publier sans se voir arrêtés par la complexité de la gestion d’un site, les administrateurs confrontés à d’excellentes problématiques de conception, et les développeurs parce qu’il faut bien le dire, SPIP c’est quand même sacrément malin. Que du bonheur, et pondre une page réussie, ça vaut bien d’aller fragger quelques litres de sang numérique, les toxines mentales en moins. Mais le plus impressionnant de tout cela, c’est cette façon dont SPIP a su, au cours de toutes ces années, conserver une modestie étonnante, en ne cédant à aucune des tentations induites par le succès.

Esprit

Tout cela, je l’ai retrouvé en un raccourci fulgurant face au sommaire du Mag’. Tout ce qui compte y apparaît, et l’on y sent la synthèse de ces années de réflexion sur les différents aspects d’un site SPIP. Mais là encore, la perfection du système s’efface devant la clarté du contenu. Par exemple, j’ai enfin saisi (vous noterez que je ne suis pas une lumière) dans son ampleur la palette des sites "officiels" SPIP, et surtout, leur place respective dans l’ensemble. Ça n’est pourtant que quelques liens, que j’ai déjà vu regroupés ailleurs, mais jamais de façon aussi parlante. Voilà une navigation qui permet non seulement d’aller quelque part, mais tout autant de savoir où l’on en est. Ce même menu qui disparaît pour laisser du champ à l’article, ce n’est pas que de la frime, mais de la pure ergonomie, ras le bol des kilomètres à la roulette de souris... Oh, bien sûr, pas spécialement original, déjà vu, et alors l’important c’est que cela fonctionne, et que ce soit là, et qu’ici ce soit comme ça. Un SPIP mag’ qui se respecte ne peut que se concevoir comme exemplaire, démonstratif des meilleures solutions aux besoins de son élaboration.

SPIP mag’ commence exactement où finissent ses sites-compères, en abordant la question du fait que comment faire un site SPIP, c’est intimement lié à quoi en faire, et cela ne se commente pas facilement dans une documentation. Tout comme c’est justement évoqué dans le tutoriel exemple sur les jeux video, SPIP-Mag se doit d’illustrer cette position de recul qui laisse la réflexion englober la multiplicité de ce qui fait un site, afin de le concentrer en un esprit dont on sentira l’aspect synthétique de toute part. Lorsque cette alchimie réussit, l’on obtient un site cohérent, ergonomique, pratique, conçu autant du point de vue de l’utilisateur, en l’occurrence du lecteur et du rédacteur, que du développeur. La méthode résout sans difficulté l’équation d’un équilibre à trouver entre forme, contenu et technique : celui-ci est inspiré d’emblée par la démarche générale, et s’inscrit naturellement à chaque niveau. Bien que dépassant encore à peine de ses fondations, SPIP mag’ a déjà le goût de cela, et entend bien le redonner à qui saura s’en inspirer.

Culture

Une intention suffisamment claire pour être cristallisée en un esprit, cela est déjà remarquable en soi, mais ne suffit pas à fonder une culture. Pour cela, il faut un vécu, une Histoire et des histoires. La voilà, spontanément glissée parmi les premiers articles publiés, Histoire d’un développement, histoires de concepteurs, de développeurs, de traducteurs... Anecdotique peut-être, mais désormais n’étant plus minuscule que par sa première lettre, l’histoire de SPIP est à la fois singulière et universelle, celle éternelle d’un groupe d’humains qui s’associent pour agir collectivement, et celle de ce groupe-là, et des conséquences de cela. Mais le mag’ n’est ni sanctuaire ni musée : il laisse la chronique du passé aux sites complices qui l’avaient abordée, impliquant son intention déterminée : c’est bien tourné vers l’avenir que demain reste à inventer, et que SPIP mag’ reste encore à écrire.

C’est un pari osé, car rien n’indique que dans la profusion des sites SPIP, celui-ci trouve son usage, pour reprendre le titre (heureux) de l’une de ses rubriques. Parmi les sept sites "officiels", il lui reste à démarquer sa place, dans cette période où se définissent et se précisent les rôles complémentaires de chacun d’entre eux, et que la logique de cette répartition apparaît plus clairement. Parmi les besoins que cette dernière recouvre, celui du SPIP mag’ peut apparaître luxueux, ce qui en geek courant, se dit moins prioritaire. Il n’est pas là, en effet, pour proposer des outils, des solutions, des réponses, mais à l’inverse poser les questions qui font sortir du cadre. Car c’est dans ces marges à peine défrichées que se cache l’esprit, l’essence, le sens que SPIP a su garder et qu’il nous appartient à tous de prolonger. À mes yeux, c’est bien cela que SPIP mag’ a pour devoir de revendiquer, et pour mission de nous apporter, en écho à tous les efforts conjoints.

Réseau

Mais SPIP ne vient pas de rien : c’est un raisonnement qui découle de l’émergence des nouveaux moyens de communication offerts par internet, dont le minirezo et uZine ont tôt choisi de démontrer l’intérêt. Ces laboratoires d’une société où la liberté d’expression n’est plus limitée par l’accès à des moyens centraux de diffusion, nous en avons encore beaucoup à apprendre, avant d’avoir à les défendre devant l’offensive des pouvoirs dont l’information libre menace les intérêts. En cela, SPIP a non seulement permis la mise en place de sites qui sont autant de brèches dans l’inquiétante progression de la pensée unique, mais porte à entretenir et développer les réflexes d’une citoyenneté impliquante et éveillée. Son mode collaboratif interne comme externe entraîne à l’organisation, la solidarité, à la reconnaissance et au respect de valeurs communes, tissant entre les individus des liens aussi subtils que ceux par lesquels les sites eux-même se partagent par syndication. Bien sûr, de tout cela, SPIP n’a rien inventé, mais offre un outil précieux pour l’encourager.

Cette communauté atomisée, qui n’a pas besoin de se structurer pour exister ou se prouver quoi que ce soit, commence à compter. Or c’est à elle aussi que l’on doit la qualité et la passion qui aussi, font de SPIP ce que c’est, et cet hommage devait également être rendu. Le SPIP mag’ pourrait bien être une façon de le faire, et c’est ainsi que pour ma part, je l’espère. À mesure que les bonnes volontés et le bien public se répartiront entre les différents sites-ateliers, celui-ci pourrait être dédié à ceux qui se penchent sur le contenu, c’est à dire le sens, et sans cela, bien entendu, SPIP n’aurait aucune raison d’exister, ou ne l’aurait jamais fait de cette façon. Or ce contenu, qui échappe aux discussions SPIPiennes parce qu’il est l’affaire de chacun, est également de portée collective, puisqu’il est publié. Les expériences relatées dans la rubrique Usages montrent par exemple tout leur intérêt à être partagées. C’est pourquoi je crois que SPIP mag’ a sa place dans cette galaxie en formation, autant que les infrastructures de développement et de formation. Observatoire de la communauté SPIPienne et de sa culture, à moins que ça ne soit le contraire, j’ai hâte de le voir se développer. Et nom de dieuX, qu’est-ce je suis content d’avoir finalement pu le trouver, en bas d’un article non publié dans l’espace privé de Tout à trac [2]...


[1Et peuvent ainsi profiter des liens vers le backend... ;-)

[2Je ne suis pas doué, je vous dis, il est aussi linké quelque part sur le Sedna :-)

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